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Mille jours sauvages de Cathie Borie

  




Titre : Mille jours sauvages
Auteur : Cathie Borie
Edition de la Rémanence

Année de parution : 2020



Cette chronique est écrite pour le Prix des Auteurs Inconnus- Sélection 2020

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#Prixdesauteursinconnus2020 #PAI #PAI2020

Une dystopie renversante

La semaine dernière, dans une conversation à bâtons rompus, une collègue me parlait du mouvement survivaliste, dont les membres se préparent à une catastrophe telle que le monde entier ferait un bond en arrière de deux générations : on retrouverait les chevaux au lieu des voitures immobilisées faute de carburant, on s'éclairerait à la bougie et chacun devrait refaire son potager.
En lisant le roman de Cathie Borie, j'ai ressenti comme une étrange concordance : tel est son point de départ. L'histoire commence dans un monde gelé où la survie est la priorité. Quand je pense que l'écriture s'est peut-être déroulée pendant le confinement et la crise sanitaire, je me dis qu'effectivement, une catastrophe naturelle planétaire a une envergure bien supérieure... Je vous laisse deviner laquelle : les médias nous donnent l'embarras du choix.


Cela dit, la réaction au cataclysme est traitée avec bon sens et réalisme. Les protagonistes font de leur mieux sans effets spéciaux, ce qui met en valeur des parallèles possibles avec notre actualité. Désormais je me surprends à savourer un peu plus consciemment des détails quotidiens : être assis sur un banc au soleil, discuter de n'importe quoi, boire un café à 17h même si je sais qu'il m'empêchera de dormir, lire une heure de plus à la médiathèque, bref mes petits riens qui changent tout. Si les prédictions se réalisent, dans une décennie, ce sera du luxe !
L'auteure a sans doute un côté épicurien : le miel, les œufs, les fraises et les haricots verts tiennent une place méritée. J'approuve ce choix, même si j'aurais plutôt vu des noix, des pommes et des conserves de tomates (vertes, le cas échéant) ;-) D'ailleurs, je profite de l'occasion pour vous faire part de la meilleure recette de confiture que je connaisse (avec les bocaux collector et parce que c'est peut-être la dernière fois que vous en mangerez) :



L'insoutenable tension de la mort

Mais revenons à notre destruction mondiale.
L'héroïne de ce roman est une jeune fille sujette à une extraordinaire pression par excès de bonne volonté. Elle ne suit pas les rails des protagonistes en recherche de soi ou en plein développement, surmontant vaillamment épreuve après épreuve avant de dévoiler leur force. Elle n'est pas une victime qui se change en superwomen.
Elle essaie juste de survivre.
En prenant le moins de décisions possible, en prononçant le moins de mots possible, en faisant le moins d'actions possibles.
Et pourtant, le peu qu'elle décide est fatal.
C'est un challenge de style que d'alterner des instants de douceur et d'amour et des moments terrifiants, de balancer entre soulagement et oppression, de  montrer l'amélioration pour que la prise de conscience soit plus mordante encore. Et le monde entier se remet de la catastrophe fait preuve de résilience avec des idées de monnaies locales et de reprise de l'activité sociale, de main tendue et d'entraide, tandis que Camille s'est trop repliée pour accompagner le mouvement.



Enfermée dehors

Comme le montre ces mille jours, il y a des vies ratées que l'on ne peut pas repêcher, des destins impossibles à dénouer, des brisures irréparables, plus profondes finalement que celles mêmes de la planète. En refermant le livre, un frisson m'a parcourue : que penser ? L'humanité mérite-t-elle la confiance ou la défiance ? Adresser la parole à mon voisin, n'est-ce pas risqué ? La résilience de la terre n'est-elle pas de nature à nous protéger de nous-mêmes ?

Enfin, si je reprends ce titre d'un film culte à mon avis d'Albert Dupontel, c'est pour souligner le risque des représentations. La réalité semble parfois facile à distordre et à partir du moment où quelqu'un perd le contact avec lui-même tout peut arriver. Le meilleur comme le pire, voire souvent les deux en même temps. C'est sur l'amour des autres que pousse le mieux le désastre !

Et la mort et l'amour, sans citer Pierre de Marboeuf, sont les deux faces de la même pièce.

Pour résumer, Mille jours sauvages pousse les frontières de la dystopie en l'associant au roman psychologique pour créer une atmosphère glaciale et glaçante. Le pire des dangers vient du coté où on ne l'attend pas.


Pour en savoir plus sur l'oeuvre de Cathie Borie


Babelio : https://www.babelio.com/livres/Borie-Mille-jours-sauvages/1272514

Dans ma pile à lire du mois d'octobre

Mediavilla, et autres écrits faisant référence au Moyen-âge pour mieux suivre une formation extraordinaire d'enluminure médiévale à L'ISEEM d'Angers 

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